Il était une fois les Nuits de Fourvière : retour sur 80 ans de fête
Le 28 mai sera donné le coup d’envoi des Nuits de Fourvière 2026. Une édition particulière puisqu’elle marquera les 80 ans du festival emblématique lyonnais, qui a attiré plus de 176.000 personnes en 2025 ! Retour sur huit décennies de spectacles, de tâtonnement et de succès.
Tout commence le 29 juin 1946. Ce jour-là, Edouard Herriot prononce un discours inaugural marquant, intitulé « La triple gloire de Lyon ». Celui qui est alors maire de Lyon depuis 1905, rêve de rendre à ce site sa fonction première de lieu de spectacle. Un rêve qu’il nourrit depuis les fouilles ayant fait émerger les ruines des théâtres antiques en 1933 ; mais la guerre et sa déportation retardent le projet. Il faudra donc attendre l’été 1946 pour que les festivités soient lancées avec une représentation de la tragédie d’Eschyle, Les Perses. Un nouveau festival était né, même s’il n’en portait pas encore le nom.
Un festival dans l’ombre pendant plusieurs années
En 1949, l’organisation de l’évènement est confiée à Georges Bassinet, alors directeur du casino de Charbonnières-les-Bains. C’est sous son impulsion que les soirées de Fourvière deviennent un véritable festival. « C’étaient des années assez brillantes artistiquement, très ouvertes à l'international et sur la ville avec des représentations dans d'autres salles », raconte Dominique Delorme, directeur des Nuits de Fourvière de 2003 à 2023.
Après la mort de Bassinet, le festival repasse aux mains de la Ville « sans qu’il y ait une réelle direction artistique, estime Dominique Delorme, ça a nui à l’image du festival et lui a empêché d’avoir une aura nationale ». Dès lors, les directeurs des grandes salles de Lyon reprennent l’organisation en main, et tiennent leurs derniers spectacles de saison dans le grand théâtre. Mais sans budget commun, ni vision globale, le festival reste confidentiel.
Jusqu’en 1994 et l’intervention du Conseil général du Rhône, ayant récupéré la gestion du site antique entre-temps. Représenté par Jean-Jacques Pignard, vice-président à la culture, le département décide de recruter Patrice Armengau, alors directeur de l’Auditorium, pour diriger le festival. C’est à ce moment-là que surgit le nom « Les Nuits de Fourvière ».
Les années 2000 ou l’envol du festival
Huit ans plus tard, en 2002, Jean-Jacques Pignard veut aller plus loin. « Cela faisait quand même 50 ans que le festival existait mais il n’arrivait pas à percer, malgré de beaux spectacles. Alors qu’à côté les festivals d’Avignon et d’Aix (créés un et deux ans après le festival de Fourvière) avaient une énorme visibilité mondiale », resitue Dominique Delorme. Pour résoudre ce hiatus, c’est lui que le vice-président sollicite. « À l’époque je me suis dit ‘oh là là, c’est terrible’, parce qu’on n’y allait même pas à ce festival. Ce n’était pas très porteur sur le plan de la notoriété », confie-t-il. Mais le directeur devine « le potentiel énorme » : « il y a la puissance du lieu et le fait que ce soit au milieu d’un bassin de population très important ».
Dès lors, il impose la création d’un établissement public indépendant et le recrutement d’une équipe. Laquelle décide de concentrer le festival sur les mois de juin et juillet, afin de multiplier le nombre de représentations, passant d’une trentaine à plus de 130 représentations.
Mon meilleur souvenir c’est d’avoir créé une vraie famille, avec l’équipe organisatrice mais aussi avec les artistes.
Côté programmation, Dominique Delorme a une idée centrale : « construire le programme sur des créations, c’est-à-dire des nouveautés et des premières mondiales avec des artistes de référence ». Grâce à son réseau et à cette ambition, il parvient à attirer des pontes du théâtre, de la danse, du cirque et de la musique. « Chaque fois, l’idée c’était de leur proposer des projets qui sortent du cadre de leurs productions habituelles ». Une créativité très appréciée des artistes internationaux qui sont nombreux à être revenus, contribuant ainsi à la notoriété du festival.