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Alexandre Astier

Kaamelott, le film de l'acteur et réalisateur Alexandre Astier, déjà rebaptisé KV1 pour Kaamelott - Volet 1, bat tous les records depuis sa sortie au cinéma en juillet dernier. L'occasion d'un face-à-face avec le roi Arthur en personne.

Pour vous, c’était impératif de tourner ce premier volet dans votre région ?

Oui, il y a un lieu qui me fascine depuis mon enfance, et je me suis toujours débrouillé pour y tourner plus ou moins, c’est le mont Mézenc qui est voisin du Mont-Gerbier-de-Joncs, la source de la Loire. Avec Les Estables, où se trouve le rocher Excalibur. C’est un pays qui a une nature ni très douce ni très accueillante, mais très belle.
C’est dur, austère mais on peut tomber sur des coulées de rochers basaltiques au milieu d’une montagne. C’est une nature raide, très granitique, avec des couleurs métalliques, vertes, denses, c’est immédiatement cinématographique ! C’est comme un personnage un peu intimidant, ce pays-là.

Il se passe aussi d’autres choses quand on va vers le Cantal par exemple. Quand vous posez votre pied de caméra ou votre travelling, il se passe un truc dans ces endroits-là. Comme dans le désert. Ça participe au film, ils ne sont pas n’importe où les mecs, on sent bien que c’est chiant d’y marcher, de voyager, d’y dormir. Vous y ajoutez quelques loups dans l’espace sonore et ça ne rigole pas. J’ai besoin de ça, comme les acteurs ont besoin de ça !

Kaamelott V1 - Jean-Robert Lombard (Père Blaise), Antoine de Caunes (Dagonet), Christian Clavier (jurisconculte) et François Rollin (Roi Loth) ©Regular

Allez-vous continuer à tourner dans la région pour les deux autres épisodes de ce que vous annoncez comme une trilogie ?

C’est un peu compliqué de vous le dire, mais je sais que dans le prochain film, s’il a lieu, il sera question de "quêtes" avec un s. Je ne l’ai pas écrit, mais il devrait y avoir une multiplicité de lieux d’aventures. Donc je suis à peu près persuadé que je vais encore utiliser la région ! J’aime beaucoup le Vercors, et je n’y suis pas encore allé pour ce film-là. Il porte sa propre violence et il recèle des paysages cinématographiques qui n’ont absolument rien à envier à la Nouvelle-Zélande de Peter Jackson. On est vraiment sur la lune là-bas, c’est incroyable, et si on choisit un peu son heure, c’est encore pis ! Même si c’est un peu dur d’accès... ça reste un choix de production. Mais tant qu’on n’est pas obligé d’être héliporté, j’ai quand même envie d’aller fouiller dans ces coins-là. Je n’ai pas fini d’user ma région* !

Vous avez déjà tout en tête jusqu’au  troisième ?

Je ne peux pas encore vous en parler, mais il faut quand même que je garde un vecteur, pour que les bateaux aillent vers le bon continent... Je me force à ne pas commencer pour rester dans la spontanéité de l’écriture. J’ai à peine commencé à ouvrir un dossier dans mon téléphone qui porte le nom « KV2 ». Les idées, c’est plutôt une jungle, on n’est jamais en pénurie d’idées, on est plutôt en surplus. Le but du jeu, c’est d’avoir une machette pour se frayer un petit chemin. C’est un peu ça que je suis en train de faire, mais j’essaie d’en garder pour après, pour que ça ait la couleur de ce que je fais au moment où je le fais.

On retrouve vos parents en beaux-parents d’Arthur dans le film. Or, les répliques d’acteur, c’est une des marques de fabrique de Kaamelott...Est-ce lié à votre enfance ?

Je ne peux pas imaginer une réplique qui ne sert qu’à informer ! C’est lié au souvenir de mes parents acteurs parlant de choses qu’ils avaient dû faire et qui étaient mal dialoguées...
Michel Audiard l’a dit depuis longtemps : ce qui compte, c’est que ça sonne ! Mais, plus ce que vous construisez autour de l’acteur est puissant, solide, et plus ça fonctionne. C’est pour ça que je tourne en Auvergne.

C’est aussi pour ça que j’ai emmené Clovis Cornillac, notre nouveau Lyonnais, dans le désert d’Oman avec ses deux sbires. On pourrait tourner la même scène autour d’une table et deux chaises. Mais quand ils arrivent là-bas, tout joue avec eux : ce qui les a menés là, les sept heures d’avion, le 4 x 4 pendant je ne sais pas combien de temps pour arriver sur le site, cette chose très particulière qu’est le désert, la chaleur, la nuit qui tombe... On sent la saga, et ça nourrit incroyablement le jeu de l’acteur. Et clac ! On balance une discussion de petites choses. Tourner dans des endroits comme ça, qui respirent naturellement la saga épique, ça donne du souffle à nos petits trucs.

C’est aussi la nouveauté du film, ce qu’on sentait déjà un peu dans les derniers épisodes de la série, un peu plus longs : faire un grand spectacle visuel autour des personnages. C’est assez rare dans la comédie... Bien sûr, je ne m’interdis rien, et le cinéma, c’est avant tout raconter des histoires ! La comédie, c’est le genre populaire, je suis complètement d’accord !

KV1 - Sting (Horsa) et Jehnny Beth (Wulfstan)

 Il faut donc qu’il y ait tout dedans ! Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une comédie, qu’il ne devrait jamais y avoir de tragique, ni de gens qui meurent par exemple... Il flotte des règles autour de la comédie qui, à mon avis, nous desservent fortement. On étrangle la comédie avec la promesse de faire rire, mais vous ne dites pas aux gens : «  Je vais vous faire rire !  » C’est très prétentieux, déjà, et ça ne marche pas sur commande... Je ne suis pas non plus dans la fresque ou dans l’épopée comme on a l’habitude de la faire. En tout cas, l’absurde est pris au sérieux, l’histoire est prise au sérieux, la musique est prise au sérieux, la gestuelle arthurienne est prise au sérieux, et les conneries sont prises au sérieux aussi (rires) !

Alexandre Astier - Arthur, dans Kaamelott Volet 1

Le film baigne dans un cadre très lumineux, ça aussi c’est le souci du grand spectacle ?

Oui, le film nous emmène au soleil, et c’est vraiment un hymne à la jeunesse. J’ai une grande famille (sept enfants, NDLR), et mes enfants en âge de le faire jouent aussi dedans. Avec Jean-Marie Dreujou, le chef opérateur de Jean-Jacques Annaud, on est des fous de matos. On a fait plein d’essais et on a choisi une belle caméra 70 mm numérique pour garder ce format large du conte. On ne l’a jamais lâchée, même pour aller dans le désert, et on a trouvé notre petite grammaire comme pour le film, notre petite poésie...

Biographie

Alexandre Astier

Auteur, acteur, réalisateur, interprète, metteur en scène, musicien, compositeur... Alexandre Astier est de ces artistes inclassables qui multiplient les casquettes. Les casques dans son cas, tant l’homme est chevillé à son personnage le plus célèbre : le roi Arthur de la saga télé-bédé-ciné Kaamelott. Né en 1974 à Lyon, passé par Paris mais vite revenu sur ses terres, il joue au théâtre, compose, admire Louis de Funès, a tourné avec Isabelle Adjani et fait des one-man-show. Son œuvre met en scène sa famille (ses parents Joëlle Sevilla et Lionnel Astier, ses enfants...) et sa bande, parmi lesquels les Lyonnais Jacques Chambon, Jean-Christophe Hembert, Franck Pitiot, Brice Fournier et le petit nouveau, Clovis Cornillac.

Carnet d'adresses

Acting Studio
10 rue Juiverie,
Lyon 5e.

« Je ne sors pas beaucoup pour repérer des acteurs mais je passe de temps en temps dans cette école tenue par ma mère (Joëlle Sevilla, Seli dans Kaamelott, NDLR). Il m’arrive de faire des essais, mais je ne fais pas de casting. On passe une journée ensemble, on essaie des bouts de texte. Je garde les numéros, et quand j’en ai besoin, comme pour le rôle d’un second sur KV1, j’appelle, même quand c’est d’Oman ! »

Studio 24
24 rue Emile-Decorps,
Villeurbanne.
Studio 24 © Aras

Déjà entre théâtre et cinéma, c’est dans ce studio de tournage et de répétition créé par Roger Planchon qu’Astier a créé sa première pièce, Le jour du froment, il y a tout juste 20 ans, en 2001. On y trouvait déjà Loïc Varraut et Jean-Christophe Hembert (à la mise en scène), encore aujourd’hui dans KV1.

L’Auditorium
149 rue Garibaldi,
Lyon 3.
L'Auditorium et l'Orchestre National de Lyon © Fred Mortagne

« C’est là qu’on a enregistré toute la bande originale de KV1 avec l’Orchestre national de Lyon. La musique a vraiment un rôle à part entière dans le film, elle évoque plus ce qui risque d’arriver que ce qui arrive. J’ai fait venir mes enfants pour la fin de l’enregistrement, juste avant l’arrivée du petit dernier (Isaac, né le 20 juillet 2020 juste après l’enregistrement, NDLR).  »

Delicatessen
6 rue de Savy
Lyon 1er.
Delicatessen - Brice Fournier © Véronique Lopes

C’est le resto de « viandards » des potes de Kaamelott, tenu par le grand Brice Fournier alias Kadoc dans la série comme dans le film, là où toute la bande se retrouve souvent pour faire bonne chère.

Théâtre de la Croix-Rousse
Place Joannès-Ambre,
Lyon 4e
Théâtre de la Croix-Rousse

C’est ici qu’Alexandre Astier a joué tous ses seuls-en-scène, du temps de Philippe Faure : Que ma joie demeure sur Bach ou L’Exoconférence.«  J’ai été élevé en sachant que c’est au théâtre qu’on progresse comme comédien. Je ne sais pas comment, mais il faudra que j’y retourne, même si je ne suis pas doué ! » Pour le moment, pas encore de date à l’horizon...