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Woodkid

Artiste touche-à-tout et chéri des stars de la pop mondiale, le Lyonnais Woodkid est de retour sur ses terres les 20, 21 et 22 juillet avec un nouvel album, S16, et un show annoncé spectaculaire. Interview.

 

D’ici quelques jours vous serez sur scène après des mois sans live, comment allez-vous ?

Je n’ai aucune raison de me plaindre, ce serait indécent. Est-ce que c’est difficile à certains moments ? Oui. Mais c’est un contexte dans lequel j’ai pu travailler, être entendu, faire de la promo et recevoir beaucoup d’amour des gens à travers les réseaux sociaux.

On a sorti un album pendant la crise. Le premier clip est sorti pendant le premier confinement. On ne sait pas si on a bien fait, mais on l’a fait avec panache et on est plutôt fier de ça. Ce qui a été le plus difficile, c’est de sentir beaucoup de peine chez les fans de ne pas pouvoir aller dans les salles de concert, les théâtres, les cinémas…

Je crois que la culture est essentielle, contrairement à ce que l’on peut nous faire croire, elle est vitale au même titre que l’éducation. Les choses ont l’air d’aller dans le bon sens donc ça va être génial de pouvoir transmettre quelque chose aux gens, qu’ils soient assis ou debout.

Pour ce nouvel album S16, comment avez-vous travaillé ? Quelle a été votre approche ?

J’ai mis du temps. Ce n’était pas un album très facile à faire parce qu’il aborde des choses assez intimes. J’ai commencé à travailler dessus il y a cinq ans. Le contexte alors n’était pas aussi dramatique qu’aujourd’hui avec toute cette injustice sociale, ces renfermements communautaires, cette crispation identitaire... à l’époque, je me suis dit que c’était le bon moment d’aborder ces thèmes-là parce que je sentais qu’ils allaient devenir importants pour moi.

Sauf que j’aime être un peu à contre-courant, rester une sorte d’échappatoire pour les gens. Si j’avais su ce qui nous attendait, la période dans laquelle on entrait, je l’aurais peut-être fait autrement, mais l’album était prêt et il fallait le sortir. En fait, il s’est aligné de manière étonnante avec son époque.

Il est effectivement furieusement d’actualité…

Parfois, quand on est artiste, c’est bien de ne pas être « furieusement d’actualité » justement. Nous ne sommes pas que des commentateurs, on peut aussi être des outils de voyage, d’imagination, on peut être un pansement, une aide… Je le vois plutôt comme un album dont je serai fier dans dix ans parce qu’il aura existé à ce moment-là et peut-être que des gens viendront me voir en disant que c’était un moment très difficile pour eux, mais qu’heureusement il y avait cet album.

Vous serez aux Nuits de Fourvière cet été. C’est une scène particulière pour vous ?

Oui, il y a quatre ou cinq endroits qui sont à part pour moi et Lyon en fait partie. J’ai habité pendant quelques années juste à côté du Théâtre Antique donc c’est vraiment chez moi. J’ai beaucoup fréquenté les Nuits de Fourvière quand j’étais jeune et jamais je n’aurais pensé y jouer un jour.

Est-ce que vous allez adapter votre show au cadre du Théâtre Antique que vous connaissez bien ?

La dernière fois, on l’avait adapté car j’étais très engagé dans ma tournée et on avait décidé de partager la scène avec l’ensemble de l’orchestre de l’ONL. Pour cette tournée, Lyon arrive dans les toutes premières dates donc ça va être un show assez terrifiant pour moi, dans le bon sens du terme. On va présenter quelque chose de très bleu, très frais, avec cette espèce de spontanéité inhérente aux premiers concerts. Quelque chose de moins rodé et beaucoup plus vulnérable, intime, déconstruit, plus expérimental aussi. Je pense que ce sera quelque chose de très intéressant.

Quel est votre rapport avec Lyon ?

Ma maison, c’est Paris. Lyon, c’est la ville où j’ai appris à devenir un artiste donc c’est une ville importante pour moi. Quand je dis Lyon, je parle de la région lyonnaise. C’est Lyon et tout ce qu’il y a autour. Je suis né à Tassin-la-Demi-Lune, j’y ai grandi et passé mes premières années. Ensuite, j’ai déménagé avec mes parents dans le Beaujolais, près de Villefranche-sur-Saône, dans un petit village au milieu des vignes. Puis je suis revenu vivre à Lyon, près de Saint-Just, pour mes études supérieures à Émile Cohl avant de partir pour Paris.

Vous revenez de temps en temps ? Quel regard portez-vous sur la ville ?

Je reviens voir mes parents. Lyon n’a pas beaucoup changé. C’est une version de Paris étendue en largeur et diminuée en hauteur. Tout est plus large : le métro, les rues, le Rhône et la Saône… Tout est plus calme aussi. C’est une version élastique de Paris remise à l’échelle plus humaine. 

Les Lyonnais, un public difficile ?

Le public lyonnais m’adore et je l’adore aussi. C’est presque de la triche pour moi de jouer à Lyon.

Dernier album de Woodkid S16

Biographie

 

Woodkid, en terrain conquis  
Auteur, compositeur, musicien, interprète, réalisateur et graphiste, Yoann Lemoine, plus connu sous le nom de Woodkid, est né à Tassin-la-Demi-Lune en 1983. Il a étudié à l’école Émile Cohl à Lyon, avant de travailler pour le cinéma et comme réalisateur de clips, notamment pour Yelle et Nolwenn Leroy. Dans la foulée de son premier EP, sorti en 2011, il a collaboré avec Lana Del Rey, Rihanna, Pharrell Williams, Harry Styles, Lykke Li, Nicolas Ghesquière. S16, sorti en 2020, est son deuxième album.

Mon carnet d'adresse

Il allait où Woodkid lorsqu’il était encore Yoann Lemoine, étudiant à l’école Émile Cohl ? Flash-back.

Le musée des Beaux-Arts de Lyon
20 place des Terreaux,
Lyon 1er.

« Pendant mes études à Émile Cohl, j’ai passé beaucoup de temps dans la cour du musée des Beaux-Arts à dessiner, croquer…. Je crois que j’ai dessiné à peu près toutes ses sculptures ! »

Fnac Bellecour
85 rue de la République,
Lyon 2e.

« Pendant mes études, je traînais souvent entre la Presqu’île, Saint-Just et la Part-Dieu. La Fnac Bellecour était et reste un endroit important pour moi. J’y ai passé beaucoup de temps, j’étais un étudiant très studieux… en tout cas le jour. »

Le marché de la création
85 rue de la République,
Lyon 2e
Quai Romain-Rolland,
Lyon 5e.
Tous les dimanches de 8 à 17 heures.

« J’avais pas mal d’amis artistes qui y exposaient donc on traînait souvent sur ce marché. »

United Café
Impasse de la Pêcherie,
Lyon 1er.

« Ma jeunesse à Lyon, c’est aussi la vie nocturne gay et l’UC sur les quais. À l’époque, il y avait aussi La Chapelle*, un endroit incroyable aux volumes énormes et aux soirées mémorables. Jamais on n’aurait vu ça à Paris. »
*Installée montée de Choulans et fermée depuis. 

Restaurant Paul Bocuse
40 quai de la plage,
Collonges-au-Mont-d’Or.

« Je ne connais pas les chefs contemporains mais il y a toujours eu un truc avec Bocuse. Ce n’est pas la cuisine que je mange aujourd’hui, mais ça reste un héritage extraordinaire, presque muséal aujourd’hui. J’y suis allé l’année  précédant la disparition de Monsieur Paul, le soir de Noël, avec ma maman. Il a fallu digérer, mais c’était un moment extraordinaire. »