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Bouillon de nouvelles cultures

Publié le 24/03/2022

La pandémie a changé la donne. Entre les fermetures, les couvre-feux, l’instauration du passe sanitaire et le détournement du public vers le digital, théâtres, salles de concert, galeries et musées ont été sommés de se réinventer à vitesse grand V. La bonne nouvelle ? Ils l’ont fait. Non seulement la culture bouge encore… mais elle a accéléré le mouvement pour donner vie à de nouveaux rendez-vous hybrides, hors les murs et réinventés. Un formidable "pas de côté". Dossier.

Spectacles plus vivants que jamais, nouveaux points d’accès à l’art, formats métamorphosés, mutation d’événements déjà existants… À Lyon, la culture est en ébullition. Violemment touché par la crise sanitaire, le secteur se révèle d’une incroyable résilience. De nouveaux théâtres se créent (voir ci-dessous), les galeries la jouent collectif (voir trois questions à Céline Melon Sibille), les musées sortent de leurs murs, les scènes musicales se réinventent et les institutions osent les pas de côté, parfois même les grands écarts, bousculant leurs programmations pour le plus grand plaisir du public. Exemple avec la scène musicale lyonnaise. Considérées comme des lieux à haut risque tout au long de la pandémie, les salles de concert n’ont jamais cessé de se battre pour survivre. Ainsi, au Ninkasi Kao (Lyon 7 e), la fosse s’est transformée en bar le soir et en résidence d’artistes la journée.

« Finalement, sur ces deux années, on a accompagné des artistes émergents à la diffusion, à la gestion de la propriété intellectuelle, aux techniques d’enregistrement, mais aussi au live avec un coach scénique », retrace Fabien Hyvernaud, le directeur musical du lieu.
Du côté de l’Auditorium de Lyon, la programmation s’était déjà beaucoup diversifiée avec l’arrivée de sa nouvelle directrice, Aline Sam-Giao. La salle de musique classique va encore plus loin : en complément des afterworks ou des ciné-concerts, elle propose désormais des formats courts sans entracte et des podcasts intitulés C’est dans la poche. Elle s’ouvre aussi à la pop culture en programmant le Lyonnais Benjamin Biolay ou encore Damon Albarn.
Même tentation pour une programmation décalée à l’Opéra de Lyon qui propose, en parallèle de son calendrier opéra et danse, une série de rendez-vous jazz, world, soul, pop ou électro, souvent gratuits, sous l’étiquette Opéra Underground.

La culture, partout et pour tous 

L’objectif de toutes ces initiatives ? Garder le lien avec son public, malgré les aléas sanitaires. Et en conquérir de nouveaux. En 2020, au moment du confinement, l’équipe de la Fête du livre de Bron (voir page 40) s’est attelée à la création d’un média en ligne riche en interviews dessinées, podcasts, reportages photos… Le but ? Maintenir un contact, même numérique, avec les quelque 100 000 spectateurs et passionnés de littérature privés de rendez-vous physique à l’hippodrome de Parilly.
Dans le même esprit, le musée des Confluences (Lyon 2e) déploie depuis décembre 2021 un dispositif hors les murs dans toute la métropole de Lyon. Dans ces "cabanes à histoires", sortes de boîtes à podcasts de 2m² – en accès libre – postées dans des lieux publics, on peut écouter des récits autour d’une des œuvres du musée. Un modèle d’accessibilité, tant sur le territoire que sur le fond, qui essaime de plus en plus. « Au sein de la métropole de Lyon, nous apportons aux partenaires du social notre expertise en ingénierie de projets culturels pour des publics en difficulté », explique la direction de Culture pour Tous. L’association propose en ligne une billetterie solidaire, mais aussi des actions collectives pour l’insertion professionnelle auprès du monde des arts et de la culture. Une autre forme d’ouverture.

Trois questions à Céline Melon Sibille

Après 25 ans de carrière dans la communication et le marketing, Céline Melon Sibille a créé Manifesta, galerie et lieu événementiel à louer. Elle est aussi à l’origine du projet collectif "Osez les galeries". Rencontre.

Comment est né le projet "Osez les Galeries" ? 

Très spontanément, lors d’une conversation à bâtons rompus avec Béatrice Bréchignac, la fondatrice de la galerie Tatiss. À ce moment-là, on était en plein confinement. On décide d’être solidaires, d’ouvrir un dimanche matin. Finalement, on a appelé toutes les galeries de nos arrondissements. L’idée, c’était de se fédérer, de se réunir. Au début, on voulait s’appeler "Un dimanche à la galerie", mais le dispositif existait déjà à Paris. Alors on est parties sur "Osez les galeries", et ça a plu à tout le monde. Ça s’est fait avec beaucoup de limpidité et de bienveillance. La première édition a très bien marché, on a pu partager nos difficultés et se décentrer de nous-mêmes. La formule du dimanche fonctionne bien, car le public peut prendre le temps, venir en famille. On a constaté une vraie soif de culture. Aujourd’hui, nous sommes 21 galeries à faire partie de l’aventure.

Avez-vous envie d’ancrer cette aventure collective dans le temps ?

"Osez les galeries" a bien fonctionné, mais demande aussi beaucoup d’énergie et de temps personnel, à titre bénévole. Nous allons bientôt nous réunir en groupe de travail avec l’idée de refaire une édition au moment de la Biennale. Ce que l’on veut, c’est apporter notre propre programmation, au cœur de la thématique Manifesto of Fragility. Les commissaires Sam Bardaouil et Till Fellrath seront à l’écoute si on leur apporte quelque chose de cohérent. 

Quels ont été vos coups de cœur avec "Osez les galeries" ? 

La première édition a permis à des lieux comme Tatiss ou La Taille de mon âme, qui venaient d’ouvrir, de bénéficier d’une belle énergie. Toutes les galeries ont une singularité, aucune ne ressemble à l’autre. Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est de voir une galerie majeure comme Ceysson & Bénétière, aux côtés d’établissements de tailles très différentes. Là, on se met au service d’une communauté et d’un collectif. Chacun joue le jeu de renvoyer dans son propre quartier. La galerie photo Poltred est aussi un lieu de vie intéressant, elle cible un public assez jeune. Il y a enfin l’Atelier du Canal, dédié au street art, qui a trouvé un lieu éphémère pour s’implanter dans Lyon.

Pour aller plus loin : 
Jusqu’au 31 mars 2022, Manifesta accueille la Galerie Claire Gastaud et l’exposition "Contente d’être aujourd’hui". Avec des œuvres de Roland Cognet, Léo Dorfner, Jean Charles Eustache, Delphine Gigoux-Martin, Nils-Udo, Georges Rousse, Milène Sanchez... Sur rendez-vous.

Théâtre

Nouvelles planches

À Lyon, les théâtres aussi font leur révolution. En mai 2022, à deux pas du Groupama Stadium, le Théâtre à l’Ouest de Lyon, OL Vallée, ouvrira les portes d’un nouveau "temple de l’humour". À l’intérieur : 384 places – à titre de comparaison, l’Espace Gerson en accueille 120 –, une scène Comedy Club, un confortable espace bar et une programmation typée café-théâtre.
Autre lieu, autre ambiance, quai Pierre-Scize, à Lyon 5e, où se dévoile le nouveau théâtre Mascarille, fondé par Joëlle Sevilla en 2019. La dame Séli de Kaamelott y met en scène des pièces de Molière exclusivement, dans une ambiance intimiste, très proche du public. Il n’y a que 60 places et les spectateurs peuvent venir partager l’apéro avec les comédiens dans le décor à l’issue des représentations. « On enlève les perruques, la poudre et les rubans pour rendre Molière accessible, comme au cinéma », raconte un comédien de la troupe. Depuis quelques semaines, le lieu accueille aussi des concerts de jazz.

On enlève les perruques, la poudre et les rubans pour rendre Molière accessible

Street art 

Les artistes font le mur ! 

Devenu incontournable sur la scène artistique lyonnaise, le street art multiplie les formes d’expression. L’association Superposition, emmenée par Orbiane Wolff, fait figure de référence dans le paysage de l’urbanisme transitoire, multipliant les projets, de la Cité des Halles aux berges du Rhône en passant par la rue Pasteur ou l’hôpital de la Croix-Rousse. Cet hiver, la structure a également imaginé un mur éphémère de manteaux, bonnets et vêtements d’hiver pour les sans-abris, en pleine rue de la République (Lyon 2e). Dans un autre registre, Nomade Land, "fabrique de balades urbaines", propose des parcours autour du street art, de l’architecture et des paysages sonores de la ville, alors que l’artiste Astro, sous la houlette de Zoo Art Show, vient de dévoiler une œuvre artistique mobile imaginée pour le Sytral : une rame de tramway customisée.

Envie d'en savoir plus sur les murs peints de Lyon ?
Profitez d'une visite guidée dans les Pentes de la Croix-Rousse à la découverte de ses pochoirs, fresques, mosaïques...
visiterlyon.com

 

Photo 

Nos galeries coups de cœur 

Pour Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture de la Ville de Lyon : « 2023 sera l’année de la photographie. » Et si on s’y mettait dès à présent ? 

Le Réverbère

Référence de la photographie contemporaine depuis 40 ans, dans les Pentes de la Croix-Rousse.

Poltred 

Le premier concept store dédié à la photographie. Le lieu fait aussi café, espace de lecture de portfolios et point de vente de tirages.
Bonus : les gérants sont adorables. 

Le Bleu du Ciel 

Spécialiste de la photographie documentaire depuis 20 ans. Ses fondateurs, Gilles et Marie-Jeanne Verneret privilégient une approche au carrefour de la sociologie, de l’histoire, de l’architecture, de l’anthropologie ou de la poésie.