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Aurélien Giraud, le petit prince du skate

Publié le 05/07/2024

La plupart des Lyonnais ont découvert Aurélien Giraud en février dernier, lorsqu'il a remporté le Championnat du monde (World Skate) dans la discipline "street". Une première pour un Français ! Lorsqu'il n'est pas en tournée aux USA ou en compétition aux quatre coins du monde, c'est au skatepark de Gerland ou sur la place Louis-Pradel, à Hôtel de Ville, que vous avez toutes les chances de le croiser.

Notre rencontre avec Aurélien Giraud

À 25 ans, vous avez remporté le titre de champion du monde de skateboard street en février dernier, qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

Je pense que les sponsors étaient très contents de leur investissement (rires !). Plus sérieusement, c’est vraiment cool parce que d’un coup je suis le tenant du titre même si ça rajoute aussi de la pression. J’essaie de faire abstraction, de penser seulement à ce que j’ai à faire, de rester focus et surtout de profiter au maximum. Ce qui est sûr c’est que ça joue sur la notoriété. Ça avait commencé en 2019, lorsque j’ai gagné une étape de Championnat du monde qualificative pour les Jeux, mais là c’est encore un « step» au-dessus, même si c’est loin d’être fini. J’ai d’autres objectifs et il faut que je continue sur ma lancée.

L’objectif ultime, ce sont les Jeux olympiques de Paris 2024 ?

C’est le projet à moyen terme, avec l’idée d’obtenir une médaille... mais on n’y est pas encore. Je fonctionne pas mal par paliers donc je me concentre sur chaque compétition lorsqu’elle arrive. Je pense que c’est le mieux à faire: passer chaque étape petit à petit et vivre au jour le jour.

C’est important pour vous de représenter la France dans une compétition comme les Jeux olympiques ?  

En théorie, la pratique du skateboard nous amène à dépasser les frontières. On est juste fiers de représenter la grande famille du skate plus que sa nation ou sa ville. Mais ça change avec certaines compétitions comme les Jeux olympiques. Je trouve ça vraiment motivant de représenter son pays ! La France, c’est mon pays et j’en suis très fier donc c’est sûr que la représenter, c’est quelque chose d’énorme. Ça me donne une force supplémentaire parce que tu sais que tu n’es pas tout seul, que ça te dépasse et ça donne envie de faire encore mieux, beaucoup plus que si c’est seulement pour ta petite personne. Et puis, je suis fier de représenter Lyon. C’est ma ville, c’est là que j’ai grandi. Il y a ma famille, mes amis, mes origines. C’est de là que tout est parti.

D’autant que la scène skate à Lyon reste incontournable...

Ce n’est pas parce que je suis Lyonnais que je dis ça, enfin peut-être un peu (rires !), mais franchement, on a une très belle scène, peut-être la plus grande de France, avec énormément d’anciens skateurs professionnels ou de skateurs encore en activité comme JB Gillet ou Flo Mirtain, des collègues avec qui je skate tous les jours. Jérémie Daclin, qui a fondé la marque Cliché, vient de Lyon, il a été champion de France je ne sais combien de fois... On a aussi de très beaux endroits comme Hôtel-de-Ville qui reste très apprécié par tous les skateurs. J’y ai souvent skaté avec des gens plus âgés et c’est cool d’être avec des gens plus expérimentés. On suit des chemins différents mais on parle le même langage, tout le monde se connaît. C’est un sport individuel mais il y a un esprit famille.

À l’origine, le skate est une pratique underground, sans contraintes, alors que les Jeux olympiques représentent sans doute la compétition la plus codifiée du monde, est-ce que la fusion des deux mondes est facile ? Le skate est-il un sport comme les autres ?

Certains diront que oui, d’autres que non. Le skate reste un peu à part car c’est une discipline dans laquelle on est très libre. On prend son skate, on va où on veut, on fait ce qu’on veut. Pas besoin de coach comme un gymnaste ou un coureur. Le skate, c’est un peu comme un arbre avec plein de branches. Aujourd’hui, la branche “ sportive “ est la plus médiatisée pour le grand public et les non-initiés, notamment parce qu’il y a les Jeux olympiques en ligne de mire, mais le skate c’est avant tout un lifestyle, de la production vidéo et photo, de la mode, de la musique... Il y a plein de ramifications. C’est bien plus qu’un sport, c’est une culture à part entière avec 50 ans d’histoire... C’est tout ça qui a séduit le Comité international olympique (CIO) au moment d’intégrer de nouveaux sports. Il fallait attirer les jeunes. Maintenant à nous, skateurs, de faire attention à ne pas nous brûler les ailes et à garder notre culture au centre de l’arbre, la notion de liberté comme leitmotiv.

Cela veut dire que lorsque vous étiez enfant vous ne rêviez pas de devenir champion olympique...

À aucun moment ! À la base, je voulais juste faire du skate et m’amuser avec mes potes. Après j’ai voulu devenir professionnel, faire partie des meilleurs skateurs du monde. En 2017, on a appris que le skate devenait un sport olympique. On s’est posé la question d’y aller ou non mais la partie compétition dans la discipline m’a toujours attiré alors pourquoi ne pas tenter l’aventure ? On n’a rien à perdre. Si au final c’est nul, on aura essayé, on saura.

Vous avez commencé le skate tout petit, à quel moment vous avez compris que vous étiez bon dans ce sport, que vous pouviez aller loin?

À quatre ans, j’ai eu des patins à roulettes à Noël, offerts par mes parents. Ils m’ont emmené au skatepark de Gerland. Il y avait des rollers, des skateboards, des BMX... Moi je faisais mes trucs en patins, je tombais, j’en avais marre et puis j’ai vu un grand faire des figures en skate. J’ai demandé un skate, je l’ai eu et depuis ce jour, je n’ai jamais lâché... Je voyais que je progressais vite mais je ne me posais pas plus de questions que ça. Quand j’ai gagné ma première compétition, je me suis dit que j’avais peut-être un petit truc mais pour moi ça n’allait pas plus loin, je voulais juste faire du skate et continuer à m’amuser.

Skateur pro et sportif de haut niveau, c’est le même rythme de vie ?

Je me considère plus comme un skateur professionnel qu’un athlète dans le sens où je fais du skate quand j’en ai envie. Attention, on s’entraîne, on a des obligations mais ça reste assez libre. Par exemple, j’ai un préparateur physique mais honnêtement, je n’y vais jamais. La musculation, je n’en fais pas non plus. Je suis un des moins athlétiques de l’équipe de France (rires!).

Vous vous entraînez comment alors ?

À l’approche des compétitions, je vais skater à Gerland pour réviser mes figures. J’ai la chance d’avoir les clés pour y aller quand je veux, notamment quand c’est fermé au public, quand il n’y a personne, pour ne pas être dérangé ou distrait par des jeunes qui viennent s’amuser en trottinette. 

Vous pratiquez d’autres sports en dehors du skate ?

J’ai toujours été touche-à-tout donc oui, je fais du golf à Chassieu, pas trop loin de chez moi (Aurélien habite Bron, NDLR), du motocross vers Miribel, du wakeboard vers Condrieu... Je fais un peu de foot aussi et je peux aller courir au parc de la Tête-d’Or. En fait, j’aime vraiment le sport en général, j’en fais au moins une fois par jour.

Biographie d'Aurélien

Né le 3 février 1998 à Lyon, Aurélien Giraud est le champion du monde en titre de skateboard street, discipline dans laquelle les riders doivent enchaîner les « tricks » ou figures sur des éléments dédiés reproduisant le mobilier urbain.

S’il pratique depuis ses quatre ans, Aurélien commence à faire parler de lui dès l’âge de sept ans, repéré lors du V7 Teenage Tour. Il remporte ensuite de nombreuses compétitions internationales, dont le Dew Tour, en 2019, en Californie, dans lequel il s’impose face aux stars mondiales de la discipline.

Depuis, le skateur ne cesse de progresser, enchaînant les victoires au FISE de Montpellier 2022, avant de devenir champion de France la même année, puis champion du monde aux Émirats arabes unis en 2023. Début 2024, Aurélien Giraud continue sur sa lancée en remportant la Street League, une des compétitions les plus prestigieuses du circuit, le propulsant au rang de favori pour la médaille d’or en vue des Jeux olympiques de Paris 2024, dans la catégorie « street ».  Ces épreuves se dérouleront sur la place de la Concorde, le 27 juillet.

Le lyonnais rayonne également à Paris, du côté du musée Grévin, où il est, à 26 ans, le premier skateur immortalisé en statue de cire.

 

Le carnet d'adresses d'Aurélien

Hôtel-de-Ville
Lyon 1er

J’y vais souvent quand il fait beau. La place Louis-Pradel c’est la place où on se rejoint tous, où on s’amuse entre potes. Elle restera toujours un spot incontournable.

La Cité internationale
Lyon 6e

Il y a un autre lieu très connu dans le monde du skate : Lyon 25 (un escalier de 25 marches particulièrement difficiles à franchir que les skateurs du monde entier tentent de dompter depuis des années NDLR). J’ai essayé, je me suis fait une fracture du talon. Ce sont les plus grosses marches faites en skate.

The Roster
Lyon 1er

On y trouve des burgers faits maison trop bons. 

Wallstreet
Lyon 1er

Un magasin de skate proche des Terreaux, on y trouve des vêtements, des planches, des chaussures et moi souvent aussi !

City Surf Park
Décines-Charpieu

A coté du Groupama Stadium. Quand je suis à Lyon j’y vais très facilement. Ce n’est pas l’océan mais la vague artificielle le remplace bien en attendant. Quand on est skateur, c’est assez facile de trouver son point d’équilibre, on s’amuse assez vite.