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Brice Robert / ONLYLYON Tourisme et Congrès
Héritage gourmand et convivial des canuts, le mâchon, petit-déjeuner traditionnel des Lyonnais revient sur le devant de la scène culinaire. Un temps désuet, il s’offre une seconde jeunesse dans les Bouchons lyonnais et a même inspiré un événement : la Mâchon’week qui se déroule du 11 au 18 octobre 2026. Plongée au cœur de l’art de vivre à la lyonnaise, version 2.0.
Samedi, 9h du matin. Un groupe de 6 personnes s’installe dans le Bouchon du Palais Grillet. Les yeux sont encore un peu clos mais le sourire est déjà sur les lèvres. À peine assis, un serveur dépose un pot lyonnais sur la nappe à carreaux. Les choses sérieuses peuvent commencer ! Salades de lentilles au cervelas, grattons, cervelle de canut, tête de veau, Saint-Marcellin… Les saladiers lyonnais et autres cochonnailles tournent de main en main, les verres se vident et les rires s’élèvent. « Parfois, je me dis que j’aimerai ne faire que des mâchons, l’ambiance est tellement sympa », sourit Coralie Vila, la cheffe du bouchon.
Pourtant, lorsqu’elle a lancé les mâchons dans son restaurant, ce n’était pas gagné. « Il y a quelques temps, quand je parlais de mâchon à des Lyonnais, certains ne connaissaient même pas », s’étonne-t-elle. Mais l’engouement a rapidement pris, à mesure que le mâchon se repopularisait. « Ça a attiré une nouvelle clientèle. Avant c'était plutôt des associations ou des retraités franchouillards qui faisaient des mâchons, maintenant on voit de plus en plus de jeunes, c’est sympa ! »
Il n’est pas rare d’ailleurs de voir une tablée de copains, à peine sortis de boîte de nuit. « Le week-end dernier, j’avais une réservation de jeunes. Ils ne se sont pas levés, j’ai dû les appeler […] ils ont fini leur nuit ici », plaisante-t-elle. Un réveil un peu brutal qui ne les a pas empêchés de passer un excellent moment, en sympathisant avec la famille attablée à côté d’eux, raconte la cheffe.
Rassembler, c’est toute la magie du mâchon qui ne s’est pas seulement rajeuni puisqu’il s’est aussi féminisé ! La consœurie du Mâchon des filles en est la preuve. En 2004, lorsque Valérie Girod, Isabelle Comerro et Laura Vildi (à la tête du Bouchon des filles désormais, NDLR) souhaitent intégrer une confrérie de mâchonneurs, on leur rétorque que les statuts ne permettent pas l’entrée de femmes dans le groupe. Qu’à cela ne tienne, les trois bonnes vivantes créent leur propre association. « À l’époque, le mâchon était un peu désuet. Il n’y avait que quelques initiés qui continuaient d’en faire. Nous, on avait envie de perpétuer cette tradition qui nous tient à cœur parce qu’on aime bien ripailler et surtout parce qu’on aime la convivialité qui va avec », explique Valérie, la présidente de la consœurie, qui se souvient encore des mâchons partagés avec son père enfant.
22 ans plus tard, elle se réjouit de voir que les nouveaux mâchons proposés sont mixtes, même si confréries et consœuries se retrouvent peu souvent. Quant au retour en vogue de cette tradition matinale, « ça [l’a] fait sourire. Y a un effet de mode ». L’explication selon elle ? Le Covid-19 et les confinements suite auxquels les gens ont eu besoin de se retrouver lors de moments de convivialité. « Certains restaurateurs ont surfé sur la vague en ouvrant dès le matin » pour rattraper par la même occasion les longs mois d’inactivités et la mayonnaise a vite pris. En proposant des mâchons moins chers qu’un déjeuner ou un dîner, « il y a eu un engouement rapide, ça s’est popularisé et vulgarisé », constate Valérie Girod.
En 2022, la première édition de la Mâchon’week offre un nouveau coup de projecteur sur cette tradition. Lancé à l’initiative de l’appellation des Coteaux du Lyonnais et co-organisé par le média Lyon City Crunch, l’événement connaît un vif succès, grâce à la participation de dizaines de restaurateurs, vignerons et vigneronnes. S’il ne propose pas seulement de véritables mâchons servis aux aurores, il fait la part belle au bien manger, au bien boire et renoue avec la convivialité tant appréciée des mâchons. Et c’est tout ce dont on a besoin !