Rencontre

Un jour avec une cabarettiste, entre chant et effeuillage burlesque

Par Laurette
Publié le 02/11/2026

Existe-t-il un art plus émancipateur que l’effeuillage burlesque ? A voir Sophie, alias Soso la Sirène à la scène, il n’y en a pas. Cette artiste cabarettiste aux multiples talents nous reçoit dans son antre : les Boudoirs, un restaurant cabaret unique à Lyon.

Elle nous accueille avec un grand sourire sous ses lunettes XXL, comme elle le fait avec les spectateurs les soirs de représentation, la cape écaillée et irisée en moins. Ce jour-là, pas de maquillage marqué ni de perruque strassée, mais Sophie dégage une assurance et un charisme fou. Soso la Sirène, son personnage de scène n’y est sans doute pas pour rien : « ce personnage ce n’est pas un autre moi, c’est un moi augmenté », sourit-elle.  

L’effeuillage burlesque : une révélation à 56 ans 

Cette « sorcière à paillettes, adepte des enchantements » comme elle l’a décrit, est née ici au sous-sol des Boudoirs en 2024, alors qu’elle avait 56 ans. Tout a commencé par « une révélation » au Théâtre de la Croix-Rousse. Au détour d’une chanson de la troupe du cabaret parisien Madame Arthur, Sophie est happée par l’expression « créature chimérique ». C’est le déclic : « je veux être ça et je vais m’appeler Soso la Sirène », s’exclame-t-elle à la sortie. « J’étais exaltée. C’est tombé du ciel alors que je n’aime pas spécialement les sirènes », raconte-t-elle dans la loge des Boudoirs, où elle performe désormais comme cabarettiste plusieurs soirs par mois.  

Quelques semaines après le spectacle, Sophie entend parler par hasard d’un stage intensif d’effeuillage burlesque, avec l’école Fémini’T. Elle ne sait pas encore à quoi cela correspond exactement, mais celle qui fait partie d’un groupe de jazz en amateur est déterminée à aller au bout de son intuition. Alors elle s’inscrit et atterrit au sous-sol des Boudoirs, dans une salle voûtée, couverte de miroirs. C’est là que pendant trois heures, elle retrouve chaque dimanche « sa petite bulle de sororité ». La première séance est « hyper safe et hyper fun. Je finis en culotte en faisant tourner les cache-tétons », rigole-t-elle.  

Le cabaret, un cadre libérateur 

Et si certains voient cette mise à nue comme une forme d’avilissement de la femme, il n’en est rien, « c’est même tout à fait l’inverse », affirme Sophie. L’histoire des cabarets est d’ailleurs liée à l’émancipation des femmes. « C’est à l’origine un endroit très subversif, où les femmes du 19e siècle pouvaient gagner leur vie elles-mêmes » en se réappropriant leur corps, explique Pierre Gozard, le gérant des lieux venu nous servir deux cafés. « Le cabaret est féministe », complète Sophie. 

Libérateur pour les artistes, l’art de l’effeuillage l’est aussi pour les spectateurs. « C’est quelque chose de très émouvant d’être confronté à ces corps différents. Il y a tous les âges, toutes les morphologies, tous les genres, ça bouscule ! Les spectateurs-rices sont surpris et émerveillés en sortant ». Ils le sont aussi par la diversité des numéros : ici les 13 artistes de la « Famille paillette » proposent tantôt du chant, de la magie, de la danse et de l’effeuillage. Soso la Sirène elle-même navigue entre plusieurs arts, mettant à profit ses compositions de jazz et ses compétences en chant et en couture, pour imaginer ses tableaux. Et lorsqu’elle s’effeuille, « il n’y a rien de sexualisant, c’est plutôt sensuel et glamour », dit-elle pour rassurer celles et ceux que cela pourrait interroger.  

Deux ans et demi après ses premiers pas sur scène, Sophie est plus épanouie que jamais. « C’est juste un cadeau tout ce qui m’est arrivé en 2024, ça a vraiment été un boom créatif ! » Un bonheur contagieux, que l’on vous invite à partager !

Vous pourrez applaudir Soso la Sirène sur la scène des Boudoirs les 14 novembre, 5 et 19 décembre et le 20 novembre pour le SoSo Jazz Show. 

Et si vous voulez plonger davantage dans l’art du burlesque, rendez-vous les 13 et 14 novembre pour le Lyon Burlesque Festival.